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« Derrière moi vient un homme qui a sa place devant moi, car avant moi il était », voilà la manière dont le Jean le précurseur explicite pour son auditoire le sens de cette phrase si énigmatique : « Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde » (Jn 1,29). Pourtant ces deux phrases sont bien à rapprocher car elles s’explicitent mutuellement. Comment peut-il dire que cet homme Jésus qui passe devant lui est l’Agneau de Dieu et en même temps celui qui était avant lui et qui enlève le péché du monde ? En effet, l’expression « Agneau de Dieu » renvoie à l’image employée par Jérémie ou Isaïe de « l’agneau que l’on mène à l’abattoir » (Jr 11,19 ou Is 53,7). Il désigne celui qui s’offre sans plainte et dans l’humilité pour le salut des autres. Mais, quoi de moins puissant qu’un agneau ? Pourtant. Il est aussi cet Agneau pascal celui qui rappelle par son sang la pâque des Hébreux, ce peuple tombé en esclavage qui est libéré par le bras vigoureux du Seigneur. Comment cette  victime offerte peut-elle être celui qui libère le peuple, qui rétablit la justice ? L’Agneau est cause de salut, de sortie de crise, de libération parce qu’il est en même temps celui qui incarne aussi ce qui est plus grand, qui est premier, qui nous précède tous, la vérité et la parole ou raison. Il manifeste, par sa liberté à se donner, à écouter et à suivre jusqu’au bout l’appel à la justice et à la vérité, la véritable dignité de l’être, de l’être humain fragile et pêcheur. Il n’a pas écouté les voies des puissances et des pouvoirs, mais il a obéi à ce qu’il est lui-même, vérité fondatrice ou amour unifiant. L’Agneau enlève le péché du monde en obéissant jusqu’au bout comme un Fils à l’appel du Père, plus grand que lui,  qui veut donner au monde la lumière de l’amour.

Concrètement pour nous aujourd’hui, cela veut dire que la manière dont le monde peut se sortir des ornières ne peut résider dans une quête vaine de solutions arbitraires ou partisanes mais dans la capacité ensemble à reconnaître ce qui ou celui qui est plus grand que nous. Ainsi,

le monde n’a pas besoin d’hommes de pouvoir mais il a besoin d’hommes qui exercent une autorité qu’ils puisent dans plus grand qu' eux. Il a besoin de « Jean-Baptiste » qui, par leur culture et formation intérieure, sont capables avec audace et courage de montrer aux autres et de choisir  l’Agneau ou l’homme dans la plénitude qu’il est par la grâce du Christ. Sans ces hommes, qui sont parmi nous, nous ne pourrons avancer librement, dignement et sans en prendre aucun dans la vie ensemble et la refondation sociale.